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L'addiction au sucre existe-t-elle vraiment ou est-ce une idée reçue ?

 

La forte augmentation de l’obésité, du surpoids et de la malnutrition préoccupe le monde de la santé. Toutes sortes de régimes et astuces sont fournis au grand public via la télévision ou Internet, et de plus en plus d’aliments gras ou sucrés sont pointés du doigt, et soupçonnés d’avoir un pouvoir addictif. Mais peut-on être accro au sucre ?

Des études faites par l’ANSES et le CREDOC ont montré que la consommation de sucre est de 105g/j chez les enfants et adolescents et d’un peu moins de 100g/j chez les adultes.

En France, nous consommons environ 22 kg de sucre par an et par habitant. Contrairement à ce qui est laissé penser, on ne consomme pas plus de sucre aujourd’hui qu’il y a 10 ou 20 ans, mais la répartition a changé. En effet, il est consommé en grande partie via les produits alimentaires manufacturés. En raison de leur alimentation plus « lacto-sucrée », les enfants consomment plus de sucre que les adultes en proportion de leur énergie quotidienne. Cette consommation diminue après l’adolescence. Selon l’étude Crédoc CCAF 2013, 72 % des adultes respectent le seuil de consommation de l’OMS de 10 %.

On parle souvent de l’addiction aux drogues, à l’alcool ou au sexe, mais qu’en est-il de l’addiction au sucre ? Est-ce réellement une addiction, une dépendance ? Ou plutôt un plaisir ? Est-ce lié à un processus psychologique ?

 

Qu’est-ce qu’une addiction ? L’addiction au sucre existe-t-elle ?

La saveur sucrée procure du plaisir, la recherche de plaisir rend dépendant, donc le sucre crée une addiction ? Cette association semble d’autant plus cohérente que les médias mettent constamment en parallèle nos consommations de produits gras et sucrés avec l’accroissement de l’obésité. En effet, il existe en ce moment une recrudescence d’émissions sur le gras, le sucre, et, malheureusement une partie de la population s’y fie. Cela risque de créer une peur du sucre chez certains, une angoisse. De plus, l’obésité et le diabète ne cessent d’augmenter, et cela coïncide avec l’augmentation de la consommation de produis sucrés. Les personnes vont donc y voir une relation de cause à effet, complètement faussée, et relayée par les médias, car ce n’est pas la consommation de sucre seule qui provoquera une prise de poids ou des maladies, mais une surconsommation ou l’association de plusieurs produits.

 

La question de l’addiction au sucre est complexe, mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une addiction ? Appelée aussi dépendance ou assuétude, c’est une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible de consommer quelque chose en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s’y soustraire. Elle se manifeste par un phénomène de manque lorsqu’on est privé de ce à quoi nous sommes addict. Une addiction peut être d’ordre physique, psychologique, relationnelle, familiale ou sociale. Dans le cas du sucre, cela voudrait dire que le corps réclame l’absorption de celui-ci le plus rapidement possible, ce qui amènerait à une dépendance plus forte et à des doses de plus en plus élevées.

L’usage courant du terme « addiction » décrit le désir, qu’on appelle « craving », de manger des produits gras ou sucrés, associé à un sentiment de ne pas pouvoir se contrôler. Dire que ces personnes sont addicts est un abus de langage car aucun argument n’est suffisant pour affirmer qu’un aliment est addictif chez l’homme.

Néanmoins, chez les personnes déclarant ne pas pouvoir se passer de sucres, c’est le plus souvent de produits ayant un goût sucré mais riches en lipides dont il s’agit, comme les produits chocolatés plutôt que des aliments uniquement riches en sucres. Le craving ne porte jamais sur du sucre pur, une personne réputée dépendante ne cherchera jamais la substance sous sa forme la plus pure. De plus, les sujets obèses ou en surpoids n’ont pas forcément le « bec plus sucré » que les personnes de poids normal.

Ce goût pour le sucre connaît une limite : le plaisir ressenti augmente avec l’élévation de la teneur en sucre, mais décline au-delà d’une certaine teneur. Trop de sucre devient vite déplaisant. Pour confirmer qu’il existe une addiction, il faut qu’au moins 4 des 11 critères détaillés dans le DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) soient remplis :

« - Un usage répété de la substance qui empêche de remplir les obligations au travail, à l’école ou dans la famille.

- Un usage répété de la substance dans des situations dangereuses.

- Une persistance de l’usage malgré les problèmes sociaux ou interpersonnels causés ou aggravés par les effets de la substance.

- Une tolérance définie soit par un besoin d’augmenter les doses de la substance pour atteindre les effets désirés, soit par une diminution des effets de la substance après usage répété de la même dose.

- Un sevrage pouvant se manifester soit par un syndrome de sevrage caractéristique de la substance, soit par un usage de la substance visant à soulager ou à éviter les symptômes du manque.

- La substance est souvent consommée au-delà des quantités voulues ou plus longtemps que prévu.

- Un désir persistant ou des tentatives ratées d’arrêter ou de contrôler l’usage de la substance.

- Beaucoup de temps consacré à se procurer ou à utiliser la substance, ou à récupérer de ses effets.

- L’abandon de toute autre activité à cause de l’usage de la substance.

- La persistance de l’usage de la substance malgré la prise de conscience d’avoir un problème physique ou psychologique causé ou aggravé probablement par la substance.

- Le désir impérieux d’utiliser une substance spécifique. »

On ne peut donc par parler d’addiction mais plutôt de comportement addictif, car il est impossible de compléter au moins 4 des 11 critères ci-dessus pour le sucre.

 

Pour plus d’informations, j’ai réalisé un travail de recherche complet sur ce sujet, disponible sur le site dans l’onglet travaux de recherche.

 

Bibliographie


1. Définition du terme « addiction »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Addiction

 

2. « Le sucre rend-il « addict » ? »

CEDUS, département scientifique

Sucre et santé : l’essentiel en 10 fiches

https://www.sucre-info.com/content/uploads/2017/10/fiche_n4_addiction.pdf

 

3. « Alimentation et saveur sucrée : plaisir ou dépendance ? »

Philippe Reiser, CEDUS, centre de documentation du sucre, Paris

Industries Alimentaires et Agricoles – Juillet-Août 2013

https://www.sucre-info.com/content/uploads/2013/10/2013-08-iaa-saveur-sucre- addiction-reiser.pdf

 

4. « Peut-on parler d’addiction au sucre ? »

Serge Ahmed

Pour la science n°423 – Janvier 2013

http://www.imn-bordeaux.org/wp- content/uploads/2015/06/01.2013_SAhmed_PourLaScience.pdf

 

5. « Sucre, quelle place dans l’alimentation ? »

Le sucre, CEDUS, centre d’études et de documentation du sucre

https://www.sucre-info.com/content/uploads/2016/08/cedus_depl_sucresante.pdf

6. « Consommation alimentaire et état nutritionnel de la population vivant en France »

Solidarités Santé

http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/conso.pdf

 

7. « La consommation de sucre et la santé »

INSPQ, Institut National de Santé Publique du Québec & Comité scientifique sur la prévention de l’obésité
2 Mars 2017 https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2236_consommation_sucre _sante_0.pdf

 

8. « L’addiction au sucre existe-t-elle ? »

V. Benoit, F. Cherikh, A. Bongain

La lettre du gynécologue n°388 – Janvier-Février 2014

http://www.edimark.fr/Front/frontpost/getfiles/20612.pdf

 

9. Dossier de presse : « Manger moins souvent des produit gras et sucrés : c’est protéger notre santé »

PNNS, INPES

Septembre 2005

http://inpes.santepubliquefrance.fr/70000/dp/05/dp050908.pdf

 

10. « L’univers du sucre »

L’institut Klorane

http://www.institut- klorane.co.uk/sites/default/files/flip_book/le_sucre/data/assets/Le%20Sucre.pdf

11. « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, DSM-IV-TR »

American Psychiatric Association

https://ps<ychiatrieweb.files.wordpress.com/2011/12/manuel-diagnostique- troubles-mentaux.pdf

 

12. « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, DSM-V, texte révisé »

American Psychiatric Association

Septembre 2016

https://dsm.psychiatryonline.org/pb-assets/dsm/update/DSM5Update2016.pdf